« Tandis que moi, Daniel, j’avais cette vision et que je cherchais à la comprendre, voici, quelqu’un qui avait l’apparence d’un homme se tenait devant moi. Et j’entendis la voix d’un homme au milieu de l’Ulaï; il cria et dit : Gabriel, explique-lui la vision. Il vint alors près du lieu où j’étais; et à son approche, je fus effrayé, et je tombai sur ma face. Il me dit : Sois attentif, fils de l’homme, car la vision concerne un temps qui sera la fin. Comme il me parlait, je restai frappé d’étourdissement, la face contre terre. Il me toucha, et me fit tenir debout à la place où je me trouvais. Puis il me dit : Je vais t’apprendre, ce qui arrivera au terme de la colère, car il y a un temps marqué pour la fin. » (Daniel 8:15-19)
Le texte qui plus que tout autre a été à la fois le fondement et le pilier de la foi adventiste était cette déclaration de Daniel 8:14 : « Deux mille trois cents soirs et matins et le sanctuaire sera purifié. » (La Tragédie des Siècles, p. 443).
Nous avons étudié le sanctuaire. Une étude de ce sujet qui ne considérerait pas Daniel 8:14 (1844), le jugement investigatif et la purification du sanctuaire serait une étude incomplète. Aussi allons-nous maintenant aborder ces sujets. Ceux qui, parmi nous, sont familiers avec ces doctrines et qui étudient ce thème savent que ces enseignements sont particuliers à l'Église Adventiste du Septième jour et qu'ils sont fort critiqués pour cela. Depuis les années cinquante, ces attaques contre notre théologie sont particulièrement virulentes.
Je vais commencer par donner quelques citations pour que vous soyez informés de ce qui s'est passé et de ce qui se passe encore maintenant à ce sujet. Dans les années 50, deux théologiens, dont l'un était éditeur d'une revue évangélique et l'autre un spécialiste des sectes, ont rendu visite à la Conférence générale des Adventistes du Septième Jour et se sont entretenus avec quelques-uns de nos théologiens. Ils organisèrent différentes rencontres et le résultat de leurs consultations fut relaté dans deux livres. Un livre publié par la Review and Herald, Questions on Doctrines parut. Les questions traitées dans cet ouvrage sont celles de ces deux théologiens.
L'autre livre s'intitula : « La vérité au sujet des Adventistes du Septième Jour ». Dans ce livre, les Adventistes du Septième jour furent libérés du label de « secte ». Nous y sommes définis comme une église chrétienne avec quelques points de vue particuliers. Une des observations faites parmi d'autres concerne notre interprétation de Daniel 8:14 et notre doctrine de 1844. Une paraphrase de ce qui est écrit là se résume ainsi : « L'enseignement adventiste de Daniel 8:14, concernant 1844 et la purification du sanctuaire et tout ce qui regarde cette affaire, est le plus grand mensonge inventé dans l'histoire du christianisme pour sauver la face. » Telle est la citation.
Alors, un autre théologien est entré en scène en disant : « Si les Adventistes ne peuvent pas prouver 1844 par la Bible, alors ils n'ont pas le droit d'exister en tant que dénomination. » Je suis d'accord avec cela. Si vous détruisez 1844, vous détruisez la mission de cette église. N'ayant pas de mandat particulier, nous n'avons pas de raison de former une dénomination à part. Ce fut un défi lancé de la part des théologiens non adventistes.
Nous en arrivons donc à cette fameuse rencontre d'octobre 1980, à Pacific Union College, où Desmond Ford fut sollicité par l'Église Adventiste pour défendre 1844 avec la Bible. Il dit alors : « Non, vous ne pouvez pas défendre 1844 avec la Bible. » Cela nous conduisit à six mois d'étude pendant lesquels il dut se défendre lui-même en produisant un document qui a été examiné à Glacier View. Je possède une copie de ce texte. Une petite connaissance du livre des Hébreux est nécessaire pour l'examen de ce texte qui est une thèse théologique. Ce qui m'a ébahi ce fut - pour un érudit possédant deux doctorats - le changement radical de ses positions entre ce qu'il écrivit et ce qu'il avait écrit deux ans plus tôt dans son livre Daniel. Il semble que certains théologiens soient capables de retourner leur veste.
Après Glacier View, une de nos universités a demandé à un théologien adventiste très connu dans nos milieux, et à la retraite maintenant, de faire connaître son avis au sujet de ce que Desmond Ford enseignait. Cet éminent théologien, dans l'exposé qu'il a pu faire à Loma Linda dit que, lorsqu'il a fait ses recherches sur le livre Daniel de Desmond Ford, il a presque toujours fait appel à d'autres théologiens et enseignants de la Bible qui s'intéressaient à ce sujet, tant dans nos universités en Amérique du Nord qu'ailleurs. Il dit qu'aucun d'entre eux n'a pu défendre 1844 avec la Bible. Une personne présente à cette assemblée de Loma Linda lui demanda alors : « Croyez-vous en 1844? » Il répondit : « Oui, mais je ne crois pas pouvoir le prouver par la Bible; je crois cela parce qu'Ellen White en a parlé. »
Dans une colonne réservée au courrier des lecteurs d'un de nos journaux, un commentaire fut fait par quelqu'un à propos d'un entretien entre une personne et un directeur d'une de nos facultés concernant le problème des sectes. On trouvait dans cette lettre une définition donnée par un de ces hommes à propos des sectes. Je ne sais pas si c'était une citation mot à mot ou si c'était une paraphrase, mais voici ce qu'il affirme avoir dit pour définir une secte. « Quand les églises prennent pour elles-mêmes un personnage faisant autorité et insistent sur des points de doctrines sans fondement scripturaire et n'ayant pas de relation avec les enseignements des autres églises, elles deviennent des sectes. »
Cet homme poursuivit sa démonstration (il citait un de nos théologiens) pour prouver que notre doctrine n'est pas biblique, mais qu'elle est issue d'Ellen White, et donc en dehors de la Bible. Voici ce qu'il a dit citant un de nos théologiens : « Les soixante-dix semaines et les deux mille trois cents jours (années), ainsi que la purification du sanctuaire sont des enseignements essentiels aux Adventistes du Septième Jour. Il n'y a pas de textes définis dans la Bible pour soutenir le point de vue des adventistes à ce sujet. Leurs conclusions sont basées sur les enseignements de Mme White et de là, sur son interprétation personnelle de la Bible. » Il laissait entendre que tout ceci était faux. C'est tout au moins ce que j'en pense.
Depuis les années cinquante, je me suis heurté à ce problème. La question que je me suis posée est la suivante : « Avons-nous, en tant qu'église, suivie des fables, de fourbes inventions? Pouvons-nous défendre notre interprétation de 1844 ou notre vue de Daniel 8:14 et être honnêtes avec un examen exégétique de ce passage? » Bien évidemment, j'aimerais poser la même question à ceux de mes frères chrétiens qui prêchent la théorie du vide des soixante-dix semaines (idée selon laquelle la période s'étalant entre les événements du temps de Daniel et les événements du temps de la fin serait une période dont il n'est pas fait mention dans la prophétie) ». « Pouvez-vous défendre votre position par une exégèse sérieuse? Et si vous ne le pouvez pas, je peux vous taxer de secte à mon tour. » Mais c'est une autre affaire.
Je voudrais présenter ma conclusion alors que nous étudions ce passage. Je vais essayer de le faire honnêtement parce que nous devons rester sérieux avec la Parole de Dieu. La vérité triomphera. Vous et moi ne triompherons pas, mais la vérité triomphera. Il est préférable pour nous d'être du côté de la vérité même quand la situation est embarrassante, plutôt que d'être du côté de l'erreur.
Certains n'aiment pas le mot « secte », aussi je vais vous dire quelque chose qui peut vous aider. Les premiers chrétiens de l'Église Apostolique furent appelés une secte par le monde romain de l'époque. Ils étaient regardés comme un mouvement issu du Judaïsme, mais ils avaient pourtant la vérité. Ce n'est pas anormal si l'histoire se répète et cela ne doit pas vous alarmer d'être taxés de secte. Shakespeare disait : « Même si vous changez le nom de la rose elle garde son parfum. » La vérité reste la vérité, quoi qu'en disent les hommes. Et la vérité triomphera. Je répéterai cela parce que 1844 représente quelque chose d'important pour moi; sinon je ne serais pas là. Je serais retourné à mon travail d'architecte en cherchant à gagner beaucoup d'argent pour profiter de la vie en Cadillac et en mangeant des glaces. Je suis heureux d'être un pasteur qui croit que Dieu a confié une mission particulière à l'Église.
Dans Daniel 8, nous éprouvons des problèmes linguistiques et contextuels. J'étais persuadé, après mes études, que les pionniers de notre Église étaient arrivés à une conclusion correcte, mais je dois reconnaître que certaines de leurs méthodes laissent parfois à désirer. La plupart de nos pionniers ont utilisés ce que nous nommons la méthode du « texte preuve »; qui consiste à prendre un texte là, un autre ici et à en sortir par la synthèse un enseignement, une doctrine. Il n'y a rien, fondamentalement parlant, d'erroné dans l'utilisation de cette méthode, mais cela comporte un risque : celui de sortir parfois un texte de son contexte. Quand nous utilisons des déclarations de la Bible en dehors de leur contexte pour mettre en évidence des enseignements ou pour fonder une doctrine, nous pouvons finalement faire dire pratiquement n'importe quoi à la Bible.
Je dois reconnaître que certains des problèmes soulevés par ces érudits bibliques pour attaquer l'Église sont réels. Je vais vous présenter l'un des plus importants de ces problèmes. Daniel 8:9-14 est un ensemble. Il est impossible de séparer le verset 14 du reste de ce passage. Il traite de la petite corne qui foule la vérité du sanctuaire aux pieds et qui prospère. Le verset 13 pose une question, et celle-ci n'a rien à voir avec le jugement investigatif. La question est la suivante : « Pendant combien de temps s'accomplira la vision sur le sacrifice perpétuel et sur le péché dévastateur? Jusqu'à quand le sanctuaire et l'armée seront-ils foulés? »
Et la réponse est au verset 14 : « Encore deux mille trois cents soirs et matins; puis le sanctuaire sera purifié (ou rétabli). » Il n'est pas possible de prendre ce verset en dehors de son contexte, de l'appliquer au jugement investigatif sans se trouver sous le feu des critiques. Il nous faut approcher ce texte dans son ensemble parce que nous faisons face aujourd'hui à beaucoup plus d'exigence exégétique encore qu'au siècle dernier et à des interprétations plus précises. Voici par exemple une citation issue de la plume d'Ellen White, dans le livre Conseils aux Éditeurs, à la page 35 (du livre en anglais) : « Il n'y a pas d'excuse pour ceux qui disent qu'il n'y a pas d'autres vérités qui doivent être révélées et que toutes nos interprétations de l'Écriture sont sans erreur. Le fait que certaines de nos doctrines ont été tenues pour des vérités pendant des années par notre peuple n'est pas une preuve que nos idées sont infaillibles. Le temps ne change pas l'erreur en vérité et la vérité est en mesure de se justifier elle-même. Aucune vraie doctrine ne perdra quoi que ce soit par un examen approfondi. » C'est précisément dans cette optique que je propose d'examiner encore Daniel 8:14. C'est pourquoi cela prendra plus d'un chapitre.
Je souhaiterais premièrement aborder certains problèmes linguistiques. Certains d'entre eux ont été mis sur le tapis par ces érudits et curieusement d'autres ont été laissés de côté. Regardons par exemple le mot « sanctuaire » dans Daniel 8:11. Le mot sanctuaire au verset 11 est le mot hébreu « migdash » qui est un mot commun pour sanctuaire et peut ainsi être facilement applicable à tout sanctuaire. Les sanctuaires païens étaient appelés « migdash ». Habituellement, dans l'Ancien Testament, lorsque le mot « migdash » est appliqué au sanctuaire de Dieu, il est toujours accompagné d'un qualificatif. Il est donc écrit, « le migdash du Seigneur Ton Dieu », ou encore « construisez-moi un migdash » ou « mon migdash ». Mais le mot « sanctuaire » des versets 13 et 14 n'est pas le même. Le mot est « cordash ». Pourquoi Daniel utilise-t-il deux mots différents?
Le « son » du verset 11 s'applique-t-il au sanctuaire de la petite corne ou au sanctuaire de Dieu? Ce sont des problèmes pour lesquels je ne suis pas certain que nous ayons de solution. Le mot « sanctuaire » des versets 13 et 14 est « cordash », c'est un mot différent et « cordash » s'applique toujours au sanctuaire de Dieu. Il y a là un premier problème.
Voici un autre sérieux problème qu'aucun chercheur biblique n'a encore soulevé, tant dans la dénomination qu'en dehors. Je suis surpris que ces deux érudits qui visitèrent la Conférence générale n'aient pas parlé de ce point particulier. Dans Daniel 8:11, nous pouvons lire au sujet de la petite corne : « Elle s'éleva jusqu'au chef de l'armée, lui enleva le sacrifice perpétuel (le mot sacrifice est ajouté). » Regardons le mot « enlevé ». Le mot hébreu est « rum ». J'ai cherché dans tous les dictionnaires ce qui peut nous aider à comprendre le sens exact de ce terme. Je m'aperçois alors que le sens premier de « rum » n'est pas « enlevé » mais « élevé » ou « redressé » ou encore « exalté ». Si donc je lis le verset 11 dans cet esprit, je découvre une interprétation toute différente. Je me pose alors cette question : Se peut-il que les interprètes de ce passage l'aient lu pour ce qu'ils désiraient lui faire dire, croyant que « la petite corne » s'appliquait à Antiochus Épiphane? Je n'ai jamais rencontré dans aucun lexique le mot « enlever » comme étant le sens du mot « rum ». Pourquoi? Je constate que le mot « enlever » s'est substitué au sens courant qui est « exalté », « élever » ou encore « absorber ».
Nous avons ensuite le problème du mot « quotidien » (perpétuel dans les versions françaises) que l'on rencontre aux versets 11, 12 et 13. Que veut dire Daniel par le mot « quotidien » ou « hatamid »? Parle-t-il ici du système des sacrifices, avec celui du matin et celui du soir (le mot « sacrifice » correspondant à l'interprétation courante de l'Église Chrétienne et des érudits juifs de la période des Maccabées) ou parle-t-il de « paganisme » comme le pensaient nos pionniers? Ou encore pense-t-il au ministère du Christ dans le sanctuaire céleste, interprétation connue dans le milieu adventiste sous l'appellation « nouvelle interprétation » de Conradi et acceptée aujourd'hui par l'Église? Que veut réellement dire ce mot? Le véritable sens de ce mot en hébreu dit simplement « continuel ».
Laissez-moi encore vous parler d'un autre problème. Au verset 14, la version King James dit : « Et il me dit : Deux mille trois jours et le sanctuaire sera purifié. » Le mot « jour » n'existe pas dans le texte original. Daniel n'a pas utilisé le mot « jour » il a simplement dit soirs - matins et certaines versions modernes le traduisent ainsi. A quoi Daniel pense-t-il? Pense-t-il au sacrifice du matin et du soir? (souvenez-vous qu'il y avait deux sacrifices chaque jour - soir et matin ou matin et soir ) ou pense-t-il à « jour » en référence au texte de la Genèse où « soir et matin » sont un jour?
Si vous utilisez « soir et matin » en référence aux sacrifices alors vous devrez diviser deux mille trois cents par deux pour trouver le nombre de jours puisqu'il y avait deux sacrifices chaque jour. C'est pourquoi la Bible en français courant dit : « Mille cent cinquante soirs et mille cent cinquante matins. » Comment en sont-ils arrivés là? Ils pensent que « soir et matin » ne fait pas référence aux jours, mais aux sacrifices. Mais cela pose un problème. Normalement, quand l'Ancien Testament fait référence aux sacrifices il utilise « matin et soir » et quand il fait référence à la notion de jour il dit « soir et matin », comme dans la Genèse « soir et matin et ce fut le premier jour », « soir et matin et ce fut le second jour »... C'est habituellement l'inverse quand il s'agit de sacrifice. C'est pourquoi de nombreux théologiens, et en particulier Young, optent pour interpréter « soir et matin » comme faisant référence à jour. C'est pourquoi Young dit qu'il s'agit de deux mille trois cents jours. Nous avons des théologiens dans les deux camps. Il reste encore le mot « purifié ». La version King James dit « purifié » et certains disent : non, ceci ne veut pas dire « purifié » mais « justifié » ou « rétabli ». C'est un mot unique dans la Bible, il n'apparaît qu'ici, dans Daniel. Je sais une chose c'est que la version biblique des Septante, bien que considérée comme sujette à caution par certains, était utilisée par les auteurs du Nouveau Testament. La Septante, l'Ancien Testament en grec, utilise le mot « katharizo » qui en grec signifie « purifié ». Nous avons au moins le soutien de cette version pour la traduction de ce mot comme étant « purifié ». C'est pourquoi la version King James peut être considérée ici comme valable.
Néanmoins, cela ne me pose pas de problème de traduire ce passage par « justifié » ou par « restauré ». Ce sont des subtilités linguistiques et je crois que de toute façon il n'est pas impossible pour quiconque d'être dogmatique et de dire : « Voici précisément le sens de la traduction. » Quels que soient les problèmes, il nous faut rester honnêtes avec nous-mêmes. Puis-je être à l'aise avec notre interprétation? Oui, je le suis et voici pourquoi.
Avant d'aller plus loin dans cette étude de Daniel 8, nous devons savoir que les livres de Daniel et de l'Apocalypse sont considérés comme des livres prophétiques, qui traitent des événements des derniers jours. Nous rencontrons quatre écoles d'interprétation différentes pour ces deux livres. Je souhaite que nous nous entretenions un peu de ces quatre positions différentes, mais je voudrais aussi donner quelques informations historiques. Ce sera notre étude dans ce chapitre. Je vais simplement vous donner ici un arrière-plan. Voici les quatre types d'interprétation que l'on rencontre : 1. Prétériste, 2. Futuriste, 3. Idéaliste (parfois Spiritualiste) et 4. Historique.
Vous arriverez à une interprétation différente avec chacune de ces positions. Il est important de connaître ces quatre points de vue, mais il est aussi nécessaire d'en discerner l'arrière-plan. Regardons brièvement ce que croit chacune de ces écoles.